Un rare privilège

Le vent souffle sur le cuivre oxydé des bardeaux du château Frontenac. Le froid mord le visage rougi des passants comme une tempête saharienne. Alors que la ville de Québec prend l’allure d’une succube, magnifique mais terrible, lumineuse mais glaciale, nous sommes ici. Les enfants de Larochelle, debouts sur leur pic rocheux, submergés par la neige, elle qui revient à chaque année comme une cruelle mais envoûtante maîtresse. Ces hardis descendants d’aventureux colons qui ont choisi de quitter une terre qui possédait mille bontés pour aller se perdre sur un nid d’hiver, perché au sommet d’un continent d’inconnu. L’histoire témoigne de leur ingéniosité, de leur courage, de leur détermination et de leur sens incroyable de la survie, qui a transcendé les générations et qui fait que maintenant, nous sommes ici, à parler la langue de nos ancêtres, sur notre territoire, sous nos lois et sous le signe de nos valeurs.

C’est dans cette optique de réjouissances, de célébrations qu’alors que la colline parlementaire, que la ville et que le Québec entier se remet tant bien que mal d’une période de Fêtes, où l’opulence autant que trop plein et le trop pris ont laissé derrière maints estomacs distendus, que nous marchons vers l’Assemblée nationale. Comme l’ont fait nos ancêtres avant nous, chevauchant montures et canots d’écorce, risquant leur vies dans leur périple vers l’Assemblée nationale, nous allons encore une fois pour défendre notre démocratie, pour nous l’approprier comme l’ont fait nos aïeux avant nous.

Le Parlement étudiant, en plus d’être une folle partie de plaisir, c’est aussi cela. Depuis l’invention de notre démocratie, des vagues et des vagues d’hommes et de femmes tout aussi exceptionnels les uns que les autres, qu’ils soient restés ou non dans les annales des grands politiciens, ont tous et chacun fait la même chose. Ils ont cherché à prendre en main la destinée de leur terre, à leur manière,  à en faire en somme un meilleur endroit pour y vivre selon eux.

Bien que tout le travail que nous abattons dans le cadre de cette simulation ne se répercute pas automatiquement sur la société québécoise, que bien souvent on le critique comme une simple simulation qui n’a aucun impact sur la société, ces critiques résonnent bien creux à mes oreilles. En plus des exemples anecdotiques qui prouvent que nos projets ne sont pas aussi loin des oreilles du vrai pouvoir qu’on le pense, de réduire la pertinence de notre législature à la simple réalisation ou non de nos projets est de simplement manquer sa cible. La magie du Parlement étudiant, c’est de voir se perpétuer les réflexes démocratiques qui ont façonné notre nation. De voir que des gens qui auraient probablement 1001 autres choses à faire vont braver des mois de préparation, des déception, des voyages interminables, de la fraternisation quasi-forcée dans un vase quasi-clos, des nuits blanches et des matinées hâtives dans un seul et unique but. Le plus beau but de tous: de pouvoir exprimer sa vision du Québec et de l’articuler à la manière de nos dirigeants. C’est là l’essence-même de la démocratie. Alors que certains refont le monde autour d’une chope dans une taverne ou que d’autres le refont à l’abri dans un bunker pour contrer un pouvoir tyrannique, nous sommes choyés de pouvoir bénéficier de la tribune la plus importante pour refaire le monde.

Pendant un court instant, nous devenons maîtres de l’Assemblée nationale, nous conjurons tels des artificiers pour un bref moment notre vision du Québec. Le PEQ, c’est ça. Ça crée des liens indestructibles entre les gens, ça nous marque à jamais.

Alors que sonne le coup de départ de cette course folle de 5 jours, je souhaite à tous mes collègues, qu’ils soient Bleus, Rouges, Mauves ou bien journalistes de garder une chose en tête à travers le manque de sommeil, les soubresauts nerveux dûs à la caféine, les visages au creux des mains lors de la lecture de textes à critiquer: je vous souhaite à tous et à toutes de vous amuser, d’abord et avant tout, mais je vous souhaite aussi de garder au plus profond de votre coeur la pensée quantitative de la chance que nous possédons. Loin de moi de vouloir tomber dans le cliché de la tyrannie contre la démocratie, je vous dirais tout simplement, chers collègues, que notre nation a été bâtie par des gens comme nous, que nous avons un rare privilège de pouvoir suivre la voie des Lévesque, Bourassa, Lafontaine, Cartier et de tous ces grands personnages qui ont à leur manière marqué l’histoire de notre nation, de pouvoir s’exprimer dans le même endroit ou les plus grands québécois ont pu façonner notre destin, créer notre passé, présent et notre futur. C’est en toujours se gardant cette image en  tête que je vous souhaite, chers collègues, de passer un excellent PEQ.

Francis Beaudry

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