Entretien avec Pascal Bérubé, ministre délégué au Tourisme

Par Arielle Grenier

(c) Simon Vinh

Le Salon bleu de l’Assemblée nationale (c) Simon Vinh

Le 4 janvier dernier, Pascal Bérubé, actuel ministre délégué au Tourisme et député de Matane-Matapédia, s’est rendu à l’Assemblée nationale, au lieu de son habituel siège où il répond aux questions des membres du Parti libéral du Québec, de la Coalition Avenir Québec ou de Québec Solidaire. Cette journée-là, il s’est assis au même endroit que les visiteurs et citoyens pour assister aux travaux des membres du Parlement étudiant du Québec (PEQ). Surplombant les nouveaux représentants du peuple québécois, M. Bérubé a observé la scène tranquillement. Il m’a indiqué où se trouve son fauteuil, actuellement retenu par un jeune bleu. Le regard brillant, il a écouté le discours de la ministre de l’Environnement et du Développement durable, Andréane Lemay-Mercier.

Alors qu’une rouge répliquait à la ministre, M. Bérubé m’a fait part de son expérience au sein du caucus des bleus. Après avoir participé au Parlement jeunesse du Québec (PJQ) en 1995 et 1996, il a rejoint le caucus des bleus du PEQ. Il est devenu vice-premier ministre et a même gagné, à sa première année, une mention honorifique le félicitant pour ses capacités d’orateur.

Une ambiance différente

À la suite du référendum de 1995, les rouges et les bleus négociaient dans une atmosphère teintée du contraste indépendantiste/fédéraliste. Au moment où M. Bérubé faisait partie du caucus des bleus, qui adhérait beaucoup plus à l’idéal politique du Parti québécois, alors que le caucus des rouges défendait les idées du Parti libéral du Québec. De nos jours, les caucus sont beaucoup plus variés et nuancés politiquement.

Aux souvenirs de M. Bérubé, aucun sujet n’était proscrit au fort de la simulation. C’était le lieu de rencontre entre jeunes adultes et nul sujet n’était mis à l’index, hormis le respect des lois et règlements de l’Assemblée nationale. Aujourd’hui, les jeunes sont tenus de ne pas traiter des sujets préétablis par les membres du CA, dont la question nationale, la langue et cette année, la Charte.

Après quatre ans, soit en 1999, M. Bérubé a accédé au poste de chef des bleus, mais a dû se retirer pendant l’été. Un nombre élevé d’anciens Péquiens a expérimenté ce sentiment qui les a poignés lorsqu’ils ont annoncé leur départ. Beaucoup éprouvent un vide après le PEQ, cette expérience de vie si prenante qui révèle le potentiel de chacun, la folie de tous, les rêves d’un caucus. Quand Pascal Bérubé l’a annoncé, il ne s’agissait pas d’un adieu. Il avait même confié à ses amis péquiens que s’il avait un jour à revenir à l’Assemblée nationale, ce ne serait pas dans le cadre d’une simulation. Ce n’était pas de la prétention, mais plutôt le commentaire d’un homme fier et mélancolique de cette beauté moderniste qui caractérise le PEQ.

« Mais il n’y a pas beaucoup de femmes », a lancé Pascal Bérubé en observant la composition des caucus. Ha! Cette fameuse parité. Celle qui rend fou un premier ministre au moment de choisir les membres de son cabinet. À l’époque, raconte Bérubé, les caucus étaient les femmes et les participants issus des communautés culturelles étaient plus nombreux au sein des caucus.

Une simulation pédagogique

C’est pendant le PEQ que ces cégépiens et universitaires apprennent le rôle du parlementarisme et les divers mécanismes démocratiques. Comme l’a rappelé M. Bérubé, nous ne sommes pas dans la réalité. Bien que ces quatre jours exigent énormément de persévérance chez les caucus rouge et bleu, il est primordial d’embrasser le caractère pédagogique du PEQ. Il ne faut pas oublier que plusieurs excellentes idées des jeunes Péquiens peuvent inspirer les vrais députés ou ministres.

Selon M. Bérubé, la prochaine étape du PEQ serait de transmettre les projets de loi et déclaration ministérielles aux actuels ministres responsables. À son avis, il est tout à fait souhaitable que les membres du gouvernement s’entretiennent avec les porteurs, afin que ceux-ci puissent leur faire part de leur projet de loi et des discussions tenues en commission parlementaire. Si le suivi se fait de manière adéquate, d’après M. Bérubé, il pourrait même être question de publier des mémoires.

Pascal Bérubé cesse de parler, captivé par le discours d’un bleu. Il s’y plait, là-haut. Au-dessus de son lieu de travail. Il est fascinant de regarder un homme contenir ses souvenirs, maîtriser un sourire face à la réplique hilarante d’un jeune député à l’œuvre. C’est parfaitement envoûtant et séduisant de s’asseoir aux côtés d’un ministre contemplant son bureau, et vous chuchotant des commentaires à l’oreille. On ne sait pas s’il va y rester, à son bonheur-du-jour. Dans ces circonstances, on savoure ce bref moment d’humilité spleenétique et on guette les leaders de demain en sa compagnie.

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s