Débat des chefs : objectifs partagés et visions distinctes

Retour sur le débat des chefs du 7 novembre dernier, où Francis Bouchard, chef des Bleus, et Pierre-Olivier Campagna, chef des Rouges, s’affrontaient pour la première fois devant les caméras et le public. Sous le signe du respect, ces derniers ont cependant tablé sur des stratégies complètement différentes pour faire valoir les points importants de leur ligne de parti.

Marie-Ève Fortier

Dès le début des discours d’ouverture, on a pu sentir que MM. Bouchard et Campagna interagiraient différemment avec les questions qui leur seraient posées. Adoptant une attitude plus posée et sérieuse, le chef des Bleus semblait vouloir parler directement des enjeux importants pour son caucus, insistant en premier lieu sur l’espoir et le changement qu’apporterait son parti. M. Campagna, lui, s’est plutôt lancé dans une joute oratoire, faisant le parallèle entre la politique et un match de boxe, lançant quelques piques à son adversaire. Le sérieux de M. Bouchard s’est cependant démarqué dans cette section, qu’il avait soigneusement préparée.

Lors des questions, cependant, c’est M. Campagna qui a su répondre avec le plus d’aplomb, donnant souvent des exemples concrets et des réponses directes. C’était aussi le cas pendant l’entrevue qu’il a accordée après le débat, pendant laquelle il n’a pas eu de problème à élaborer un exemple sur le rôle du privé en santé pour faire valoir la vision de son parti. M. Bouchard, qui semblait parfois plus évasif, a cependant fait bonne figure en accordant plusieurs points à son adversaire, tout en y ajoutant chaque fois quelque chose. « Ce qui nous rapproche, évidemment, ce sont les objectifs », explique d’ailleurs le chef des Bleus en entrevue après le débat. « Je ne donnerai pas de mauvaise réputation aux Rouges, je pense que tous les deux nous avons le souci d’avoir un meilleur Québec pour demain […]. C’est sur les moyens qu’on ne peut pas s’entendre. » Malgré ses quelques pointes lancées en direction du chef des Bleus, M. Campagna semblait lui aussi apprécier cette atmosphère de respect qui est restée présente tout au long du débat : « Je suis content, je pense qu’on ne se lancera pas d’objets en Chambre après la prochaine élection. Je pense aussi qu’il y a beaucoup de respect entre les deux chefs ; je trouve ça bien. »

Cette tendance, visiblement forte entre les deux chefs, semble aussi se voir parmi les autres membres des caucus bleu et rouge. Contre toute attente, aucun des participants n’a applaudi vigoureusement son chef respectif, même après ses meilleures répliques lors du débat. Tous se sont contentés d’applaudissements calmes et uniformes à la fin des sections. On a aussi pu voir, dans les entrevues des porteurs de projets de loi accordées à nos journalistes, une véritable volonté d’aller chercher l’appui de l’autre parti, que ce soit chez les Rouges comme chez les Bleus.

L’avenir s’annonce prometteur à l’Assemblée nationale, où nous verrons peut-être collaborer deux partis qui s’opposent depuis longtemps dans la tradition. La lutte contre le cynisme et la restructuration profonde de notre politique semblent être certains des objectifs communs aux deux partis. Cependant, la direction que prendra le gouvernement changera du tout au tout selon le parti élu sur le plan des moyens, puisque ceux-ci se situent dans des idéaux distincts et bien campés. D’une part, les Rouges, suivant ouvertement la tradition des grands penseurs libéraux, cherchent à multiplier les libertés des citoyens tout en réduisant la présence du gouvernement : « On ne veut pas imposer de choix aux Québécois; on veut justement leur laisser le plus de liberté de choix possible. C’est ça notre vision », a expliqué M. Campagna. D’autre part, on a des Bleus qui semblent vouloir tabler sur une vision précise du Québec et qui ont l’égalité comme mot d’ordre : « On veut apporter des projets novateurs, mais qui touchent les piliers de la société. Pour une jeune génération, ce serait dangereux de le faire sans avoir toute la confiance et toutes les études qui sont derrière nous. Et pour ça je pense qu’on a bien fait nos devoirs », conclut M. Bouchard pendant son entrevue. Reste à voir quel choix les Québécois et les Québécoises feront.

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